
Interview d’Elies Tapia
La maison Ortillopitz
Située à Sare et accessible au public depuis plus de 25 ans, la maison Ortillopitz est l’unique maison labourdine présentée dans son état d’origine. Passer la porte de cette maison équivaut à replonger dans le Pays basque du XVIIème siècle.
Aucune reproduction n’y a été réalisée : le travail effectué a consisté uniquement à restaurer le bâtiment et à retirer les ajouts réalisés au fil du temps afin de retrouver son aspect initial.
Elies Tapia, à l’origine du projet, nous en dit plus sur le sujet.
Comment la maison basque (etxe) reflète-t-elle les modes de vie d’autrefois au Pays basque ?
Dans la culture basque, la maison, appelée etxe, occupe une place centrale.
Le bâtiment actuel d’Ortillopitz remonte à 1660, mais il a été construit à l’emplacement de bâtiments plus anciens. Une maison datant de 1540 existait auparavant, avant d’être détruite en 1609 sur ordre de l’Inquisition : une jeune fille de la maison, âgée de 13 ans, avait alors été accusée de sorcellerie.
L’implantation des maisons répondait également à des critères précis. Les etxe étaient généralement construites à mi-pente : ni sur les hauteurs exposées au vent, ni dans les zones trop humides. La façade principale était le plus souvent orientée vers l’est, tandis que l’arrière de la maison protégeait du vent d’ouest venant de l’océan.
Architecturalement, les maisons basques traditionnelles possédaient à l’origine un toit à deux pans symétriques. Lorsqu’elles étaient agrandies, cette symétrie disparaissait et la toiture devenait asymétrique. La façade principale comportait souvent une structure à pan de bois, une technique venue du sud de l’Allemagne et diffusée ensuite dans une grande partie de l’Europe.
La peinture des boiseries est en réalité relativement récente au Pays basque : elle ne s’est généralisée qu’à partir du XIXᵉ siècle. À l’origine, on utilisait souvent les restes de peinture servant à recouvrir les coques de nos bateaux. Cette peinture était surtout décorative, car les façades orientées à l’est sont peu exposées à la pluie.
Enfin, les maisons basques ne possédaient pas toujours de fenêtres vitrées : le verre étant très coûteux, on utilisait plutôt des volets intérieurs. Les volets extérieurs ne se sont répandus qu’au XIXᵉ siècle, tout comme la peinture des boiseries des façades.
Y avait-il une couleur prédominante sur les maisons basques à l’origine ?
À l’origine, il n’existait pas de couleur dominante. Les boiseries étaient peintes avec les restes de peinture disponibles, souvent issus de la peinture utilisée pour les coques de bateaux. On retrouvait ainsi surtout du rouge, du vert et parfois du bleu.
Le bleu pouvait également provenir des sulfates employés pour la bouillie bordelaise, un fongicide, au XIXᵉ siècle. Ces couleurs étaient surtout utilisées pour apporter de la gaieté aux façades. On retrouve encore cette diversité dans certaines villes du Pays basque, comme Hondarribia, où balcons et boiseries sont peints dans différentes teintes.



Quelle est la place de l’etxe dans les familles basques ?
L’etxe, la maison, représente les racines de la famille. Traditionnellement, elle se transmet à un seul héritier, chargé de préserver la maison et les terres et de les transmettre à son tour.
Ces maisons étaient conçues pour accueillir plusieurs générations mais aussi les activités agricoles. Dans les maisons à deux niveaux, le rez-de-chaussée abritait l’habitation et le bétail, tandis que l’étage servait à stocker les récoltes, notamment le maïs. Dans les maisons à trois niveaux, le rez-de-chaussée était réservé aux écuries et au chai pour la production de cidre, l’habitat se trouvait au premier étage et le dernier niveau servait à stocker le grain.
Autour de l’etxe, jusqu’à la Révolution française, on trouvait surtout de la volaille puisque les cochons, eux, vivaient en liberté dans les terres communes. Ce n’est qu’après cette période que des porcheries ont été construites près des maisons puisque les biens communs sont alors devenus des biens communaux. Quant aux bergeries, elles étaient généralement éloignées de l’habitation afin d’éviter la transmission de maladies entre les brebis et le reste du bétail.
Existe-t-il une anecdote ou une histoire peu connue liée à Ortillopitz ?
L’une des histoires marquantes liées à Ortillopitz remonte au début du XVIIᵉ siècle. Avant la maison actuelle, un bâtiment construit en 1540 se trouvait à cet emplacement.
En 1609, il est détruit sur ordre des inquisiteurs après qu’une jeune fille de la famille, Jeanne d’Ortillopitz, âgée de seulement 13 ans, est accusée de sorcellerie. Elle est arrêtée, emprisonnée puis condamnée lors des grandes chasses aux sorcières qui ont marqué la région à cette époque.
Cette histoire n’est pas une légende : elle est notamment évoquée dans l’ouvrage L’Inconstance des mauvais anges et démons écrit par Pierre de Lancre, magistrat chargé des procès de sorcellerie au Pays basque au début du XVIIᵉ siècle.
Ce n’est d’ailleurs pas la seule femme de la famille à avoir connu un destin tragique…
Oui, un autre épisode marquant de l’histoire de la maison concerne Catherine d’Ortillopitz, durant la Révolution française. À cette époque, pour faire taire le peuple basque auquel on retirait des droits, une partie de la population est déportée vers Bordeaux. Le village de Sare a notamment été fortement impacté et a vu sa population réduire drastiquement. Catherine d’Ortillopitz, qui était la maîtresse de la maison, fait partie de ces personnes déplacées de force.
Les conditions de déportation étaient extrêmement difficiles. Les convois se faisaient en charrettes et les déportés recevaient très peu, voire pas, de nourriture. Au fil du voyage, les charrettes se vidaient progressivement à cause des décès. Cette déportation a duré près d’un an.
Au retour, les habitants ont découvert leurs maisons pillées. Cet épisode constitue l’une des pages sombres de la Révolution dans la région. L’acte de décès de Catherine d’Ortillopitz témoigne de cette histoire : elle est morte en déportation dans les Landes.
Cet épisode permet aussi de rappeler une particularité de la société basque : historiquement, les femmes y occupaient une place importante et étaient toujours l’égal des hommes. Elles avaient notamment le droit de vote et participaient aux décisions de la communauté. Tous ces droits ont été perdus par le peuple basque pendant la Révolution puisque le droit de vote est devenu censitaire : seuls les riches propriétaires terriens possédaient le droit de voter. Très peu de basque en avait alors la possibilité.
Souhaitez-vous ajouter quelque chose ou mettre en lumière certains aspects d’Ortillopitz ?
À Ortillopitz, plusieurs types de visites sont proposés. Les visiteurs peuvent participer à des visites guidées, sur réservation obligatoire, pour découvrir l’histoire de la maison et de la société basque traditionnelle. Il est également possible de faire une visite sans guide, avec des supports disponibles en quatre langues : basque, français, espagnol et anglais.
Le site propose aussi une chasse au trésor destinée aux enfants à partir de 4 ans, afin de rendre la découverte du lieu plus ludique pour les familles.
La principale nouveauté de cette année est l’obtention du label « Famille Bienvenue », qui récompense la qualité de l’accueil réservé aux familles. Sur cinquante structures distinguées en France, cinq*, dont trois sites à visiter, se trouvent au Pays basque, ce qui souligne l’attention portée au tourisme familial.
*Le Bercail (Bayonne), Camping Goyetchea (Saint-Pée-sur-Nivelle), Grottes de Sare, Grottes d’Isturitz et d’Oxocelhaya (Saint-Martin d’Arberoue) et Ortillopitz (Sare).

Informations pratiques ![]()
La maison basque d’Ortillopitz est ouverte du 5 avril au 25 septembre 2026.
Visite guidée à 10h00 : lundi, mardi et mercredi. (Réservation obligatoire)
Visites non guidées de 11h00 à 16h30 : du dimanche au vendredi.
Fermé le samedi.
Tarifs uniques (adultes et enfants de plus de 4 ans) :
- Visite libre (non guidée) : 7€
- Visite guidée : 10€
