
Interview d’Anne Betbeder
Le Syndicat des vins d’Irouleguy
Aux alentours de Saint-Jean-Pied-de-Port, vous ne pourrez manquer les vignes implantées en terrasses sur des reliefs pentus : il s’agit duvignoble AOP d’Irouleguy. Nichée au coeur des montagnes basques, cette appellation regroupe une soixantaine de producteurs accompagnés par une structure essentielle : le Syndicat des vins d’Irouleguy.
Créé en 1945, il remplit des missions variées : protéger le nom et l’AOP Irouléguy, communiquer sur l’appellation, organiser la Fête de l’AOP Irouléguy, maintenir le lien avec les autres appelations du secteur, accompagner les producteurs…
Anne Betbeder, coordinatrice du Syndicat des vins d’Irouleguy depuis 2016, nous partage les spécificités de cette appellation et nous en dit plus sur le rôle du syndicat auprès des vignerons.
Pouvez-vous nous raconter comment est né le syndicat des vins d’Irouleguy et ce qui a motivé les viticulteurs à s’unir ?
Le Syndicat des vins d’Irouleguy dépasse la création de mon poste en 2016 : il a été créé en 1945.
Avant le XIXᵉ siècle, la vigne était très présente au Pays basque, comme dans de nombreuses régions françaises. Mais l’apparition du phylloxéra, un insecte ravageur qui a détruit une grande partie du vignoble français, a profondément bouleversé la production. Sur le territoire d’Irouléguy, les surfaces ont été considérablement réduites, tombant à quelques centaines d’hectares.
Face à cette situation, un groupe de producteurs a décidé de se mobiliser pour maintenir la viticulture sur le territoire. Ils croyaient au potentiel qualitatif de ces vins et à leur capacité à valoriser l’identité locale. C’est dans cet esprit qu’ils ont fondé le syndicat en 1945, afin de structurer la production, défendre les parcelles existantes et organiser la valorisation des vins.



Qu’est-ce que l’obtention de l’AOC Irouléguy a changé pour le vignoble ?
L’obtention de l’AOC Irouléguy a marqué une étape essentielle pour le vignoble.
Elle a d’abord permis d’établir un cadre précis, avec des règles définies concernant la conduite de la vigne et les méthodes de vinification. Au-delà de l’aspect technique, l’AOC représente surtout un véritable label de qualité. Une appellation d’origine contrôlée garantit l’origine géographique du produit, son lien avec l’histoire du territoire et un savoir-faire reconnu. Elle contribue ainsi à valoriser le travail des producteurs, mais aussi l’identité et la notoriété du territoire d’Irouléguy.
L’AOC Irouléguy a été obtenue en 1970. L’appellation est ensuite passée en AOP Irouléguy en 2013, dans le cadre de l’harmonisation européenne des signes de qualité.
Quels sont, selon vous, les éléments qui font l’authenticité unique du vin d’Irouléguy ?
L’authenticité de l’AOP Irouléguy repose d’abord sur son caractère de vignoble de montagne avec ⅔ des surfaces implantées en terrasse, sur des reliefs pentus. Cette particularité impose un travail majoritairement manuel et cela demande une main-d’œuvre importante.
Autre spécificité : la taille des exploitations. Le vignoble est composé essentiellement de petites structures familiales, avec une moyenne de 4 à 5 hectares par domaine. Le plus grand compte 20 hectares, mais la majorité des exploitations sont bien en dessous. Comparé aux grandes appellations voisines comme Jurançon ou Madiran, Irouléguy reste un vignoble de petite taille.
Enfin, l’originalité des vins tient à la diversité des terroirs. L’appellation produit trois couleurs : rouge, rosé et blanc sec. Toutefois, il n’existe pas de « profil type » imposé aux producteurs. Un même cépage peut donner des expressions très différentes selon le micro-terroir (sols, exposition, altitude) mais aussi selon la sensibilité et le savoir-faire du vigneron.
C’est cette diversité, à la fois géographique et humaine, que l’appellation revendique et met en avant. Elle constitue l’une des grandes forces et singularités des vins d’Irouléguy.



Quels sont les principaux défis auxquels les producteurs doivent faire face ?
Le principal défi pour l’AOP Irouléguy est aujourd’hui le climat et l’ensemble des aléas qui l’accompagnent.
Plus de 70 % des parcelles de l’appellation sont certifiées en agriculture biologique. C’est une proportion particulièrement élevée pour une appellation viticole comme la nôtre.
Or, en viticulture biologique, les moyens de lutte contre les maladies sont limités, notamment face au mildiou, maladie favorisée par l’humidité et la chaleur. Le cuivre reste l’un des rares traitements autorisés, ce qui complique la gestion sanitaire des vignes, d’autant plus dans un territoire où les épisodes pluvieux sont fréquents.
Depuis quelques années, les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient : épisodes de forte humidité, orages violents, gel, grêle… Ces événements ont un impact direct sur les rendements. Depuis quatre ans, l’appellation enregistre en moyenne une baisse de récolte d’environ 30 %.
Cette diminution des volumes fragilise les exploitations : moins de vin signifie moins de ventes et donc moins de recettes, alors que les charges de fonctionnement, elles-mêmes en forte hausse ces dernières années, restent élevées. Maintenir la viabilité économique des domaines constitue donc un enjeu majeur.
Les producteurs doivent aujourd’hui adapter leurs pratiques et réfléchir à de nouvelles solutions face au changement climatique. Les réponses ne sont pas encore toutes identifiées, mais la réflexion est engagée au sein de l’appellation.
Un autre défi, plus récent, concerne la santé psychologique des vignerons. Perdre une récolte à la suite d’un épisode climatique brutal peut être très difficile à vivre. Depuis environ deux ans, l’appellation s’attache à mieux accompagner les producteurs sur cet aspect humain, devenu essentiel dans le contexte actuel.
Et concrètement, par quelles actions cela se traduit-il ?
En période estivale, j’assure le suivi parcellaire en me rendant chez l’ensemble des producteurs. Ces visites techniques sont aussi des moments d’échange privilégiés. Elles me permettent d’identifier d’éventuelles situations de fragilité ou de découragement.
Nous avons par ailleurs mis en place un partenariat avec l’association Buzbu, basée à Mauléon, en Soule. Cette structure, composée principalement de travailleurs sociaux, peut accompagner les producteurs qui en ressentent le besoin. Elle assure ensuite le relais vers des professionnels compétents : psychologues, services de la MSA, ou autres interlocuteurs adaptés.
Grâce à ce partenariat, l’accompagnement est gratuit pour les producteurs, ce qui facilite l’accès à ces dispositifs. Mon rôle consiste notamment à les orienter vers cette association et à leur rappeler que ce soutien existe.
Dans le prolongement de cette démarche, je suivrai prochainement une formation aux premiers secours en santé mentale. Elle me permettra de mieux repérer les signaux d’alerte et d’adopter les bons réflexes face à une situation de détresse.
Enfin, l’appellation reste une petite structure où la solidarité joue un rôle essentiel. Les producteurs se connaissent bien et veillent les uns sur les autres. Lorsqu’une difficulté est identifiée, l’entraide entre voisins et collègues vignerons vient naturellement compléter cet accompagnement plus formel.
Pour finir sur une note gourmande, quel accord mets-vins recommanderiez-vous ?
C’est toujours difficile de choisir un seul accord, tant les possibilités sont nombreuses. Mais nous aimons particulièrement créer des passerelles avec les autres AOP du territoire.
L’un des accords que nous mettons souvent en avant est celui entre l’Ossau-Iraty et le vin blanc sec d’AOP Irouléguy. Traditionnellement, le fromage est associé au vin rouge, mais le blanc sec d’Irouléguy, avec ses notes fruitées et sa fraîcheur parfois légèrement iodée, révèle autrement les qualités gustatives de l’Ossau-Iraty. Autre classique du territoire : le Jambon Kintoa, ou encore une côte de porc Kintoa, accompagnés d’un vin rouge ou d’un rosé d’Irouléguy. La structure et la gourmandise des vins s’accordent très bien avec la richesse et la finesse de cette viande.
Enfin, un accord plus inattendu mais particulièrement réussi : le chocolat avec un vin rouge d’Irouléguy, un accord surprenant, à tester !




Informations pratiques ![]()
- Les structures labellisées « Vignobles et découvertes » se feront un plaisir de vous accueillir afin de partager leur passion, retrouvez l’ensemble des exploitations partenaires en cliquant ici.
- Alliez randonnée et vignes en vous élançant sur un des circuits balisés au départ de la Cave d’Irouleguy ! 3 randonnées aux distances variées vous permettront de vous dépenser tout en apprenant davantage sur l’histoire de l’appelation graâce à un système d’audioguides. Plus d’informations en cliquant ici.
- Le rendez-vous à ne pas manquer : la Fête de l’AOP Irouléguy qui se déroule traditionnellement en septembre !

