C’est en Soule que les espadrilles, ces célèbres chaussures en toile et à la semelle en corde, sont majoritairement fabriquées.
L’entreprise Don Quichosse, dont les ateliers sont situés à Mauléon, nous en dit plus sur cet accessoire devenu un des emblèmes du Pays basque.
Pouvez-vous retracer l’histoire de l’entreprise Don Quichosse depuis sa création en 1920 ?
C’est en fait l’atelier de fabrication qui existe depuis 1920, la marque Don Quichosse quant à elle est un peu plus jeune et existe depuis les années 1980. C’est d’abord M. Erréguible qui a créé l’atelier et qui y a travaillé toute sa vie. Une fois qu’il a pris sa retraite, c’est M. Houyoux qui a pris la relève. Aujourd’hui, la famille Cangrand a repris le flambeau et nous travaillons avec les mêmes outils qu’au début de l’entreprise !
L’atelier de fabrication est donc situé sur la commune de Mauléon et est en activité toute l’année. La boutique située à Ossès n’est ouverte que 6 mois dans l’année, d’avril à septembre.
Quels sont les matériaux utilisés pour fabriquer une espadrille ?
Le matériau principal va être le fil de jute, puisque c’est de lui qu’on se sert pour créer la tresse et donc les semelles. Il est aussi possible de les fabriquer à partir de lin, la tresse pouvant être créée à partir de n’importe quelle plante fibreuse.
Ensuite, c’est du caoutchouc, provenant de l’espèce d’arbres Hévéa, qui va être utilisé pour le patin de la semelle qui vient protéger la corde.
Enfin, différents matériaux sont utilisés pour la tige : la toile, forcément, le coton, la toile de lin, la toile de chanvre, ou le cuir.
Pour nos espadrilles d’hiver, on utilisera même de la laine de brebis !


Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’évolution des matériaux utilisés pour fabriquer des espadrilles ?
À la base, seulement la toile était utilisée et les modèles restaient très classiques, en seulement deux couleurs.
Au fil des années, il y a eu une belle évolution et on retrouve aujourd’hui des modèles très différents avec plus de couleurs ou de motifs, comme les rayures notamment.
Ces dernières années beaucoup de nouveaux matériaux ont également été intégrés dans la fabrication : coton bio, coton recyclé, lin…
Pouvez-vous nous expliquer l’origine de l’espadrille ? D’où vient-elle et depuis quand existe-t-elle ?
D’abord, il faut savoir que Mauléon a été l’une des premières villes électrifiées de France, notamment grâce à l’activité autour de l’espadrille. Ce secteur était en plein essor entre la fin du XIXème siècle et le début du XXème siècle, période à laquelle beaucoup de chaussures étaient créées puisque l’espadrille était à l’origine une chaussure de travail.
À l’époque, le caoutchouc ne faisait pas partie des matériaux. Étant donné qu’ils ne marchaient que sur la corde, il n’y avait pas de risque d’étincelle dans la mine. Porter des espadrilles était donc la norme chez les mineurs.
Au fur et à mesure, l’espadrille est devenue une chaussure plus convoitée mais son véritable tournant vers la mode a eu lieu lorsque Yves Saint-Laurent a commencé à en faire.
Et quelles sont les étapes, justement, de fabrication d’une espadrille ?
1. La création de la semelle
Tout commence par la confection de la tresse, réalisée à l’aide de machines qu’on appelle tout simplement des tresseuses. Cette tresse est ensuite transformée en semelle grâce à un procédé appelé l’ourdissage, qui consiste à mouler la tresse afin d’obtenir l’ébauche de la semelle. Ensuite, vient le moment de la compression de la semelle grâce aux moules de différentes tailles. Une fois cette étape réalisée, la semelle est cousue de part en part pour assurer sa solidité.
2. La vulcanisation
L’étape suivante est la vulcanisation, qui permet d’ajouter la couche de caoutchouc sous la semelle afin de la protéger et de la rendre plus résistante. Ce processus repose sur l’utilisation de moules chauffés à 160°C, dans lesquels sont placés des granulés de caoutchouc. Sous l’effet de la chaleur et de la pression, le caoutchouc fond et pénètre dans les fibres de la semelle.
3. La découpe et l’assemblage du dessus
Le dessus de l’espadrille varie selon le modèle :
Pour la version traditionnelle, la toile est découpée à la scie, après avoir été tracée à la craie. Les morceaux de toile sont ensuite assemblés par piqûre-machine, réunissant l’avant et l’arrière de l’espadrille.
L’atelier de Don Quichosse ne produit que des espadrilles cousues main, une tradition préservée depuis toujours. Les différentes pièces (semelles et dessus) sont préparées et confiées à nos 12 couseuses qui réalisent la couture finale.
Pour les modèles plus élaborés, notamment ceux en cuir ou avec des toiles plus épaisses, la découpe se fait à l’aide d’emporte-pièces sous presse. L’assemblage suit le même processus avec, cependant, un travail sur le piquage beaucoup plus important.
Une fois cousues, les espadrilles sont mises en forme. Elles sont placées sur des formes spécifiques avant d’être soumises à un four à vapeur chauffé à 160°C. Ce passage permet de donner à la chaussure sa forme définitive.
Après refroidissement, les espadrilles sont soigneusement mises en boîte, prêtes à être vendues.


Combien de temps faut-il compter pour créer une paire d’espadrille ?
Étant donné qu’une demi-heure est nécessaire pour la couture, je dirais qu’il faut compter environ 1h pour créer une paire du modèle classique. Le temps nécessaire pour confectionner une paire d’espadrilles varie selon la complexité du modèle, il faudra donc compter plus pour une paire plus élaborée.
Pour en apprendre plus sur l’espadrille, l’entreprise Don Quichosse vous accueille d’avril à septembre dans sa boutique-musée d’Ossès ou directement dans leur magasin-usine à Mauléon !Pour plus d’informations : https://donquichosse.com/

